dimanche 26 mars 2017

OULIPO - Suite: Séance animée par Emmanuel


D’AURÉLIE

Séance oulipienne

1)

J’aime le bruit de la sanguine qui glisse sur le papier,

Le crissement de la pointe qui attaque les courbes

Sanguine comme la couleur du sang qui court dans nos veines

Et qui imprègne le papier.

La montée chromatique pour faire le relief des plis et des creux

Des hachures ; la sanguine s’active en navette griffant le vélin

Des traits amples et précis côtoient les hésitations, les esquisses,

 A la fin il ne restera que la création de ton dessin.

 

2)

Antonyme

L’huître de Francis Ponge

L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.

Le Potiron

Le potiron de la taille d’un ballon de football est d’un orange batave plutôt mat, il est doux au toucher. C’est un univers fermé sur lui-même. On peut le fendre mais pour cela il faut une machette vu la taille de l’engin. Prendre de l’élan et abattre le fer violemment pour qu’il fende du premier coup le cucurbitacée. A l’intérieur s’épanouit une banquette moleskine orange affublée de cheveux. Une odeur de terre me chatouille les narines. Fréquemment la chair est brandie en trophée puis mangée..






De Lise-Noëlle :

Onze fois le bêtosaure dinaké, essai de définition

1-Le bêtosaure dinaké est un petit futé, mi oiseau, mi mammifère.
2-Le bêtosaure dinaké a quatre pattes télescopiques et une lunette longue vue, en guise de vision.
3-Le bêtosaure dinaké  possède une étrange capacité : lorsqu’il n’a plus rien à manger, il dévore l’une de ses pattes qui repousse quelques semaines après.

4-Le bêtosaure dinaké n’aime guère la solitude, il raffole faire des noises à ses congénères.
5-Le bêtosaure dinaké tombe amoureux tous les trois ans, le temps de concevoir un œuf à quatre pattes.
6- Le bêtosaure dinaké porte la barbe les années bissextiles, histoire de dire qu’il s’y connaît en astronomie.
7-Le bêtosaure dinaké s’habille tantôt en jupe et pantalons, tantôt se vêt de plumes.
8-Le bêtosaure dinaké aime se cacher dans les trous d’ombre l’été et s’exposer au vent glacé, l’hiver.
9-Curieusement, le bêtosaure dinaké se promène souvent seul et se cache à la moindre frayeur.
10-Le bêtosaure dinaké a programmé de coloniser tous les continents, il a commencé par l’Europe. 11-Le bêtosaure dinaké s’exprime tout-à-tour par un chant guttural profond, rappelant le jeu des tuyaux d’orgue, dans une langue étrange, coupée de sons suraigus à perforer le tympan, ce qui fait fuir ses auditeurs.

 
Décomposition du chaource. Chaource, tu n’es pas le seul fromage de Bourgogne.

Inventé en 878 environ, tu es aussi connu en Champagne . D’abord appelé CADUSIA, nom tiré d’une famille gallo-romaine, tu as francisé ton nom mais conservé ta tête ronde à pâte molle et moelleuse à cœur, que l’on déguste à la fin d’un repas gourmand, arrosé d’un vin gouleyant.

Plus que fromage, chaource, tu es un chat mais aussi une ourse,

Fameux duo valsant à merveille  sur les tangos argentins
A Villa Nova, Rio de Janeiro et Caracas,
Pour t’éclipser, patte de velours
Après le casse d’une joaillerie
Dans la pampa à perte de vue
Que tu traverses à vive allure
Laissant l’empreinte de tes fleurs de chat
Tu portes à présent, l’ourse sur ton dos
Jusqu’au bout de l’horizon
Là où le ciel embrasse la Terre
Et bascule en région hyperboréale et glacée.
Désormais, l’ourse porte dans sa fourrure
Son chat à l’œil perçant
Il grimpe à la cime des arbres

Escamoter   la gaufre miellée des  ruches.
En toutes occasions, Chaource
Tu es la parfaite alliance
De la grâce et de la force
De la finesse et de l’instinct
Inséparable duo
D’un Je t’aime, moi non plus.

 

Le Cageot. Texte de Francis PONGE, 1942. Imaginez son contraire.


A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie-vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.

 A tous les coins de rues qui aboutissent aux Halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voierie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques- sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

Le coffret

A grande distance du cageot, le coffret offre en langue sympathique, une possibilité de coffre-fort : petit objet maniéré, fermé à double tour, il est voué à la dissimulation de bijoux ou de documents secrets qui doivent impérativement disparaître de la vue du commun des mortels, de telle manière que sa principale utilité est la conservation à travers le temps et les situations scabreuses de l’histoire qui lui accordé, à titre de reconnaissance pour services rendus, un véritable rôle.

Ainsi connaît-on le coffret des bijoux de la reine renfermant dans un bois précieux, bois de fruitier marqueté de nacre, des rangs de perles et des joncs d’or, des marquises et des diadèmes, ou encore le coffret de bois d’ébène, plus viril qui dissimula l’ébauche du traité de Cambrésis. Sa position sociale et son rôle politique ont développé chez cet objet une forte opinion de lui-même.  Pour un peu, il confondrait son rôle de contenant avec celui, autrement plus précieux du contenu. C’est à  s’interroger longuement : est-il judicieux d’ouvrir ou non ce si précieux coffret et de découvrir à la vulgaire assemblée des secrets si jalousement gardés ?

 
De Lise-Noëlle :
Onze fois le bêtosaure dinaké, essai de définition
1-Lebêtosaure dinaké est un petit futé, mi oiseau, mi mammifère.
2-Le bêtosaure dinaké a quatre pattes télescopiques et une lunette longue vue, en guise de vision.
3-Le bêtosaure dinaké  possède une étrange capacité : lorsqu’il n’a plus rien à manger, il dévore l’une de ses pattes qui repousse quelques semaines après.
4-Le bêtosaure dinaké n’aime guère la solitude, il raffole faire des noises à ses congénères.
5-Le bêtosaure dinaké tombe amoureux tous les trois ans, le temps de concevoir un œuf à quatre pattes.
6- Le bêtosaure dinaké porte la barbe les années bissextiles, histoire de dire qu’il s’y connaît en astronomie.
7-Le bêtosaure dinaké s’habille tantôt en jupe et pantalons, tantôt se vêt de plumes.
8-Le bêtosaure dinaké aime se cacher dans les trous d’ombre l’été et s’exposer au vent glacé, l’hiver.
9-Curieusement, le bêtosaure dinaké se promène souvent seul et se cache à la moindre frayeur.
10-Le bêtosaure dinaké a programmé de coloniser tous les continents, il a commencé par l’Europe.
11-Le bêtosaure dinaké s’exprime tout-à-tour par un chant guttural profond, rappelant le jeu des tuyaux d’orgue, dans une langue étrange, coupée de sons suraigus à perforer le tympan, ce qui fait fuir ses auditeurs.
 
Décomposition du chaource. Chaource, tu n’es pas le seul fromage de Bourgogne.
Inventé en 878 environ, tu es aussi connu en Champagne . D’abord appelé CADUSIA, nom tiré d’une famille gallo-romaine, tu as francisé ton nom mais conservé ta tête ronde à pâte molle et moelleuse à cœur, que l’on déguste à la fin d’un repas gourmand, arrosé d’un vin gouleyant.
Plus que fromage, chaource, tu es un chat mais aussi une ourse,
Fameux duo valsant à merveille  sur les tangos argentins
A Villa Nova, Rio de Janeiro et Caracas,
Pour t’éclipser, patte de velours
Après le casse d’une joaillerie
Dans la pampa à perte de vue
Que tu traverses à vive allure
Laissant l’empreinte de tes fleurs de chat
Tu portes à présent, l’ourse sur ton dos
Jusqu’au bout de l’horizon
Là où le ciel embrasse la Terre
Et bascule en région hyperboréale et glacée.

Désormais, l’ourse porte dans sa fourrure
Son chat à l’œil perçant
Il grimpe à la cime des arbres
Escamoter des ruches la gaufre miellée.

En toutes occasions, Chaource
Tu es la parfaite alliance
De la grâce et de la force
De la finesse et de l’instinct
Inséparable duo
D’un Je t’aime, moi non plus.
 
Le Cageot. Texte de Francis PONGE, 1942. Imaginez son contraire.

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie-vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.
 A tous les coins de rues qui aboutissent aux Halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voierie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques- sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.
Le coffret
A grande distance du cageot, le coffret offre en langue sympathique, une possibilité de coffre-fort : petit objet maniéré, fermé à double tour, il est voué à la dissimulation de bijoux ou de documents secrets qui doivent impérativement disparaître de la vue du commun des mortels, de telle manière que sa principale utilité est la conservation à travers le temps et les situations scabreuses de l’histoire qui lui accordé, à titre de reconnaissance pour services rendus, un véritable rôle.
Ainsi connaît-on le coffret des bijoux de la reine renfermant dans un bois précieux, bois de fruitier marqueté de nacre, des rangs de perles et des joncs d’or, des marquises et des diadèmes, ou encore le coffret de bois d’ébène, plus viril qui dissimula l’ébauche du traité de Cambrésis. Sa position sociale et son rôle politique ont développé chez cet objet une forte opinion de lui-même.  Pour un peu, il confondrait son rôle de contenant avec celui, autrement plus précieux du contenu. C’est à  s’interroger longuement : est-il judicieux d’ouvrir ou non ce si précieux coffret et de découvrir à la vulgaire assemblée des secrets si jalousement gardés ?
 



De Lise-Noëlle :


Onze fois le bêtosaure dinaké, essai de définition


1-Lebêtosaure dinaké est un petit futé, mi oiseau, mi mammifère.


2-Le bêtosaure dinaké a quatre pattes télescopiques et une lunette longue vue, en guise de vision.
3-Le bêtosaure dinaké  possède une étrange capacité : lorsqu’il n’a plus rien à manger, il dévore l’une de ses pattes qui repousse quelques semaines après.


4-Le bêtosaure dinaké n’aime guère la solitude, il raffole faire des noises à ses congénères.


5-Le bêtosaure dinaké tombe amoureux tous les trois ans, le temps de concevoir un œuf à quatre pattes.


6- Le bêtosaure dinaké porte la barbe les années bissextiles, histoire de dire qu’il s’y connaît en astronomie.


7-Le bêtosaure dinaké s’habille tantôt en jupe et pantalons, tantôt se vêt de plumes.


8-Le bêtosaure dinaké aime se cacher dans les trous d’ombre l’été et s’exposer au vent glacé, l’hiver.


9-Curieusement, le bêtosaure dinaké se promène souvent seul et se cache à la moindre frayeur.


10-Le bêtosaure dinaké a programmé de coloniser tous les continents, il a commencé par l’Europe.


11-Le bêtosaure dinaké s’exprime tout-à-tour par un chant guttural profond, rappelant le jeu des tuyaux d’orgue, dans une langue étrange, coupée de sons suraigus à perforer le tympan, ce qui fait fuir ses auditeurs.


 


Décomposition du chaource. Chaource, tu n’es pas le seul fromage de Bourgogne.


Inventé en 878 environ, tu es aussi connu en Champagne . D’abord appelé CADUSIA, nom tiré d’une famille gallo-romaine, tu as francisé ton nom mais conservé ta tête ronde à pâte molle et moelleuse à cœur, que l’on déguste à la fin d’un repas gourmand, arrosé d’un vin gouleyant.


Plus que fromage, chaource, tu es un chat mais aussi une ourse,


Fameux duo valsant à merveille  sur les tangos argentins


A Villa Nova, Rio de Janeiro et Caracas,


Pour t’éclipser, patte de velours


Après le casse d’une joaillerie


Dans la pampa à perte de vue


Que tu traverses à vive allure


Laissant l’empreinte de tes fleurs de chat


Tu portes à présent, l’ourse sur ton dos


Jusqu’au bout de l’horizon


Là où le ciel embrasse la Terre


Et bascule en région hyperboréale et glacée.



Désormais, l’ourse porte dans sa fourrure


Son chat à l’œil perçant


Il grimpe à la cime des arbres


Escamoter des ruches la gaufre miellée.



En toutes occasions, Chaource


Tu es la parfaite alliance


De la grâce et de la force


De la finesse et de l’instinct


Inséparable duo


D’un Je t’aime, moi non plus.


 
Le Cageot. Texte de Francis PONGE, 1942. Imaginez son contraire.
A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie-vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.


 A tous les coins de rues qui aboutissent aux Halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voierie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques- sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

De Lise-Noëlle:
Le coffret 
A grande distance du cageot, le coffret offre en langue sympathique, une possibilité de coffre-fort : petit objet maniéré, fermé à double tour, il est voué à la dissimulation de bijoux ou de documents secrets qui doivent impérativement disparaître de la vue du commun des mortels, de telle manière que sa principale utilité est la conservation à travers le temps et les situations scabreuses de l’histoire qui lui accordé, à titre de reconnaissance pour services rendus, un véritable rôle.


Ainsi connaît-on le coffret des bijoux de la reine renfermant dans un bois précieux, bois de fruitier marqueté de nacre, des rangs de perles et des joncs d’or, des marquises et des diadèmes, ou encore le coffret de bois d’ébène, plus viril qui dissimula l’ébauche du traité de Cambrésis. Sa position sociale et son rôle politique ont développé chez cet objet une forte opinion de lui-même.  Pour un peu, il confondrait son rôle de contenant avec celui, autrement plus précieux du contenu. C’est à  s’interroger longuement : est-il judicieux d’ouvrir ou non ce si précieux coffret et de découvrir à la vulgaire assemblée des secrets si jalousement gardés ?


 


dimanche 26 février 2017

OULIPO - Séance animée par Emmanuel




D’Anaïs


Contrainte 5


Littérature définitionnelle


1


Dévoré par un chat


L’épouse du criquet


Crie son deuil


 


2


Coincée dans les mâchoires de l’étau puissant de la gueule d’un digitigrade


la femme qui a convolé en justes noces avec son coléoptère aux ailes repliables et bleues


dégueule une fin macabre qui la libère


 


3


Retenue fermement entre les parties intérieures et supérieures qui servent à la mastication virile de la bouche d’un animal qui, d’après le latin, marche littéralement sur ses doigts.


L’être créé de la côté d’Adam qui a eu le bonheur de connaître le sacrement qui consiste à


s’unir avec une personne du sexe opposé, là bizarrement un insecte qui possède de fines membranes qui battent de l’air, peuvent se refermer et sont de la couleur du ciel lorsque


celui-ci se décide à être clément.


Expulse dans un haut le cœur  ce qu’elle avait ingurgité, l’ultime moment, lié aux formes


ténébreuses de la mort, qui lui rend toute sa liberté.


 


 


4


Dans la gueule du chat


Homme d’azur


Délivrance d’un dernier soupir



















De Colette:




RESIGNATION -- P. Verlaine

            A Ernest Boutier

Tout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor,
Somptuosité persane et papale,
Héliogabale et Sardanapale

Mon désir créait sous des toits en or,
Parmi les parfums, au son des musiques,
Des harems sans fin, paradis physiques !

Aujourd'hui, plus calme et non moins ardent,
Mais sachant la vie et qu'il faut qu'on plie,
J'ai dû réfréner ma belle folie,
Sans me résigner par trop cependant.

Soit ! le grandiose échappe à ma dent,
Mais, fi de l'aimable et fi de la lie !
Et je hais toujours la femme jolie,
La rime assonante et l'ami prudent.







 BORD DE POEME

Tout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor

La rime assonante et l'ami prudent

Somptuosité     prudent

Héliogabale        jolie

Mon                      lie

Parmi                    dent

Dès                        cependant

Aujourd'hui       folie

Mais                      plie

J'ai                         ardent

Sans                      physiques

Soit                        musiques

Mais                      or

Et                           Sardanapale

La                           papale

La rime assonante et l'ami prudent

 

 

dimanche 15 janvier 2017

Création des personnages - Séance animée par Catherine

D' Emmanuel:




Sur le portrait de Mallarmé par Manet



Le regard du poète s'absente. Il a suivi le mouvement du corps. La main gauche est glissée dans la poche.

C'est la suspension du temps, comme la fumée du cigare se dissipe imperceptiblement.

Il est là. Sa silhouette se découpe sur le mur tapissé de soie chinoise.

Le majeur droit pointe le livre.

Quel est le mot?

Où se niche le silence?

Son poème à venir est comme la fumée fugace.

Tout doit disparaître.

dimanche 11 décembre 2016

Poésie Contemporaine, Thème: Le voyage - Séance animée par Lise-Noëlle


De Catherine :

 

1/ Consigne

Prenant inspiration sur le poème de James SACRE, composez quelques vers mettant en relation un paysage avec un visage. Vous pouvez vous contentez d'une partie du visage ou étendre la comparaison à toute la personne.

 

Dans le bleu silencieux du monde

Tu étends tes grands bras

Autour des arbres qui renaissent

 

Le souffle de ta lèvre à leur sève collé

Lente respiration des branches (hortensias et lilas)

Le temps d'un été sourire de paille

 

Dans le jardin laissé à l'abandon

Tes pas donnent des ailes aux nuages

Qui apparaissent, disparaissent

 

Dans le ciel soudain vide, tes larmes bleues

Caressent la nacre ancienne (velours et porcelaine)

 

Un banc figé sur le temps qui passe

Les nuages en fuite les sables renversés

 

Et le coeur des tiges tresse

Des rubans et des mots

Qui s'épellent  dans le vent

 

L'herbe nue demeure au fond du ravin

Une aube se lève dans ta bouche

 

 

2/ Consigne

Poème-conte : Un paysage : les rives du Rhin, un homme : un batelier qui redit un conte.

Imaginez semblable situation et laissez-vous emporter par les fées!

 

Mon filet est lourd d'une vase sombre

Ecoutez le vent qui entre dans la voile

S'engouffre et me ferme les yeux

 

J'ai rêvé d'un assaut de belles endormies

Sur des eaux déchaînées

Prisonnier de leur chant lyrique

Dans la pâleur des rouleaux

Je titubais si fort parmi les rafales incessantes

Qu'il fallut me mettre des liens de lierres et de pierre

 

Une joie guerrière semait ses lumières

L'écume noire au visage, je tremblais

D'une fièvre de nuit épuisant l'infini

Quand soudain, tous les vents apaisés

Je vis au fond du filet une écorce de ciel

Qui semblait attendre un souffle de moi

 

La source première de l'aurore

 

3/ Consigne

 

Un élément naturel : pluie, vent, orage, soleil, brume, à votre guise.

Quelques effets de cet élément naturel sur votre maison, votre cabane…Jouez de vos souvenirs.

Il n'est pas interdit d'être joyeux

 

Dans les draps blancs froissés

Chaque jour j'invente une cabane

 

      Aube blanche

      Nappe de brume

      Sable clair

 

Sur la route des confins

Le corps de neige

 

      Poudre les chemins noirs

      Gerce les creux du sillon

      Pénètre la boue du ravin

      Se couvre de glaise

 

Eclaire le visage

Visage s'enracine

 

      Fouillis de plis palpite

      Dominante en son heure

      Une anse de couleurs

 






 De Colette:

1- en s'inspirant du poème de James SACRE 'Ecrire pour t'aimer', lier Paysage-Visage

                                Voyage


                 dans l'eau de tes yeux,


                               un paysage de midi près d'un  ruisseau,


                               il coule sur des galets magnifiés par la lumière.


                dans le pli de ton oreille,


                               le timbre d'une musique qui claironne, éclabousse


                               s'atténue, s'éloignant ou peut-être s'essoufflant.


                dans l'ombre de ta lèvre,


                               des mots retenus par le fil d'un sourire


                               explosent en rires de bonheur et contagieux fou-rire.

                dans le pli de ton cou,

                               le battement de la vie accéléré par l'émotion

                               et la chaleur dans cet espace partagé.

                dans le flot de tes cheveux,

                               l'odeur de tous les jardins, de tant de lieux parcourus,

                               promesses d'autres sur le fil d'une nouvelle vie

                comme si on ne la savait pas fragile et incertaine

                ou parce qu'on la sait fragile et incertaine

 
 
                               Dans l'instant

                 Un instant plus bref que l'éclair

                une durée de temps imperceptible

                amène le souvenir d'un visage oublié

                écho endormi d'un fou-rire partagé

                dans quel lieu, à quelle date, pourquoi ?

                Etrange ressouvenance...

                Mystère de la durée de l'instant ? de l'éclair ?

                d'une lumière pénétrant la mémoire ?

                qui dira comment ce temps si court

                est un moment de vie intense

                qui ramène tout ce qui est à sa portée

                écouter, voir, sentir, ressentir, retrouver

                une voix, un contact, une senteur, une odeur

                et cristallise cette nacre en perle de souvenir ?

 
                Du neuf à tout instant

                l'usé et l'oublié alliés

                paysages recomposant

                lointain et récent

              Vitrail éblouissant


 2- poème (conte) inspiré du poème d'Apollinaire 'Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme' (Alccols)

                 Au coeur de la nuit
 Entre les quais

                un glissement

                d'eau lourde et noire

une mélopée

                plainte écorchée

                à en râle-mourir

à décrocher

                un rêve sans souvenir

                hurler un cauchemar

l'homme a trop bu

                n'a pas entendu

                le verre qui se brisait

ne sait plus ce qu'il cherche

                en proie au vertige

                la barque le porte

la barque l'emporte

                à risque-naufrage

                jusqu'au bout de sa nuit.

  

                Cristal
 De la note cristalline lancée si haut

les harmoniques ont roulé

explosant le verre dans un éclat de rire

dans l'instant le vin s'est figé

et s'égoutte comme une vie qui s'éteint

 

Chassant d'une main pesante

des ombres qui s'estompent

en vagues lourdes de fatigue

les rêves étoilés de la nuit d'Arles

enroulent l'aigreur du vin et du petit matin.

  

3- en s'inspirant d'un poème de Reverdy 'Il reste toujours quelque chose' (La  Lucarne ovale 1916) 

                Il reste toujours une trace

 Les maisons gardent le souvenir de ceux qui sont passés

                               Tous ont laissé une trace

 

Les maisons observent le silence sur ceux qui sont partis

                               Sans vouloir laisser de trace

 

Les maisons portent les cicatrices de ceux qui les ont blessées

                               Traces souvent illisibles

 

Leurs murs sont à l'écoute, peaux tendues comme cuirs

                               gardant l'écho de vaines disputes

                               des chuchotements de tendresse

Leurs portes s'ouvrent et se ferment laissant passer les orages

                               elles claquent parfois violemment

                               lancées par les colères ou les urgences

 

un éclat de peinture décroché, une fissure s'ouvre

ce qui reste de la dernière rupture est bien peu visible

la maison n'est pas ébranlée, c'est une trace de plus.




De Monika:




1)ALEP



 Depuis longtemps

Les vallées arides

Son regard stoïque

Attend

L’inévitable

 

La poussière enveloppe

Tendrement

La silhouette imposante comme linceul

 
Il est débout à bout
Méconnaissable
Par vos jours meilleurs

L'odeur
De la gueule du loup
Est intenable

Le silence aussi
 
2)  UN DIMANCHE DANS LE 78
Ma tasse est remplie de mare de café et je distingue au fond la route de Bailly.
Ma voiture s'est transformée en citrouille s'avançant majestueusement sur l’asphalte.

 »Punaises, les travaux de l'église de St-Vigor, on en a marre de payer!"Les sept Nains de St- Nom- la- Bretèche déballent leurs outillages sur la route en signe de désaccord.

La fée de la  forêt de Marly continue à défiler sur les champs des navets d’hiver au bord de la départementale en distribuant des financiers « Made in France » de sa corbeille céleste

Pendant que sous un ciel bleu affirmé, je compte les étoiles à main nue que le chat de ma voisine attrape au passage.

 3) DESARROI

Tes yeux détournés
 
Pourtant
Le ciel d’hiver
Donne le meilleur

Les arbres mis
A nu généreusement
 
Ton silence me pèse
 
Soudain
Je traverse le brouillard
Sans gyrophares

De toute façon
Tu ne les regarderas pas

  
4) A LA MONTAGNE

« A  nous les enfants ! » hurlent les éclairs
« Ah non ! « rétorquent les tonnerres
 
Coincé sous cette dispute
Dans ma voiture flamboyante neuve
Elle ne rend qu’un « bip » lamentable
 
La grêle s’abat enfin
J’ai peur de m’y noyer